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Mesdames, messieurs,
Tout d’abord, nous tenons à vous remercier pour cette récompense qui nous apporte bonheur et fierté, et qui souligne toute l’attention qu’un jury de professionnels a porté à notre travail photographique. Désormais reconnus par l’obtention du Grand Prix Paris Match, nous allons vous révéler les motivations de notre démarche : notre statut d’étudiant nous aura permis de documenter un sujet grave et pré-
occupant qui nous entoure : la précarité étudiante. En remportant le Grand Prix ce soir, cette dure réalité existera un peu plus grâce à la très grande diffusion du magazine Paris Match. Car sans image, les faits n’existent pas. En revanche, notre statut d’étudiants en école d’art nous aura permis d’adopter une posture originale pour ce con-
cours. Pour témoigner au mieux, nous avons en effet interprété des histoires malheureusement vraies, puis construit des mises en scènes basées sur des codes photographiques reconnus. Nous proposons donc ici une interprétation de la réalité, construite, maîtrisée, au même titre que la photographie et l’information interprètent des ré-
alités. C’est bien là que sont nos sincères motivations : nous te-
nons à souligner que le faux ne s’oppose pas au vrai, mais qu’il permet de faire émerger les mécanismes du discours. Notre dé-
marche, en tant que faiseurs d’images, est une tentative de remise en question : celle des rouages d’un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse. Grâce au Grand Prix Paris Match, nous souhaitons donc éveiller les consciences sur la fragilité, la force et l’ambiguïté des images d’information. Le sujet de la précarité étudiante nous aura enfin permis de faire d’une pierre deux coups : mettre en lu-
mière et vous rappeler deux vulnérabilités graves, celle de certains jeunes et celle de certaines images. Nous allons poursuivre cette démarche grâce à la présente dotation de 5000 euros. Nous tenons
à affirmer, pour conclure, que la photographie est pour nous une subjectivité qui se doit d’être responsable. Merci à ceux qui ont permis ce travail, et merci de votre attention.

Texte d'accompagnement du photoreportage :
Étudiants et S.D.F., ces deux mots ne vont pas ensemble. Ils sont pourtant tous diplômés, mais, subissant les dérives d’un état et d’une société qui les ignorent, ils étudient le jour, et subsistent la nuit. En effet, la France compte plus de deux millions d’étudiants, dont cent mille en situation de précarité, et plus de vingt mille en situation de pauvreté grave et durable source OVE). Généralement, les activités qui permettent le financement de leurs études se font au détriment de leur réussite universitaire. Aussi, le CROUS ne dispose pas d’as-
sez de logements universitaires pour ses étudiants et ses barèmes sont de plus en plus sévères ; les loyers ne cessent d’augmenter alors que les propriétaires privés sont toujours plus exigeants et trouver un travail quand on n’a pas les papiers ou qu’on prépare une thèse est quasi-impossible... Vu de l’intérieur, la France semble perdre son idéal de droit à l’éducation libre et gratuite. Ces étudiants ont souvent des ressources précaires : petites bourses, petits boulots, aides ponctuelles des parents (souvent « trop riches »
pour être boursier mais trop pauvres pour aider leurs enfants),
et le phénomène tend à se banaliser ; « c’était un double défi :
il fallait d’abord survivre au jour le jour et poursuivre les études comme si de rien n’était ». Français ou étrangers, les solutions sont diverses : partager un studio à quatre, dormir dans les foyers sociaux ou dans sa voiture, ne pas se soigner, travailler au noir, voire vendre ses charmes ou de la drogue... tous les moyens sont bons pour s’offrir de « bonnes études ».