Des diplômés option précarité.
Quatre chroniques réalisées avec Rémi Hubert. 16 images. 2009.


Strasbourg en 2008 : plus grande université de France où étudier signifie parfois précarité.

« ça m’est arrivé plusieurs fois le soir, en fermant la fac, de mettre des étudiants à la porte... Je sais que c’est pas facile pour eux, mais j’ai pas le choix... » Gérard, agent de service.

« Il ne faut pas se fier aux apparences : ce n’est pas forcément ceux que l’on croit qui souffrent de la précarité. Quand j’ai vu par hasard une de mes élèves faire le trottoir, j’ai eu un choc . » Pierre, membre du corps enseignant.

« Je suis en conflit avec ma famille depuis que j’ai seize ans. Même si je n’ai ni bourse ni aide parentale, j’ai toujours su me débrouiller seul. » Armin, 23 ans, Master de sociologie.

« Comme je suis gardien de nuit après les cours, j’ai fait une croix sur la boxe, mais je continue à m’entraîner dès que je le peux et n’importe où. Heureusement je viens de décrocher un stage aux états-Unis, à condition que j’ai mon Master de sociologie.

« Je ne peux pas aller au Restaurant Universitaire tous les jours, et je n’aime pas aller aux Restos du Coeur. Alors je fais les fins de marchés et j’en donne à des potes chez qui je peux aller cuisiner. » Armin, 23 ans, Master de sociologie.

« On vit à trois dans vingt mètres carrés, alors on a organisé un roulement pour savoir qui dort par terre. » Emma, 23 ans, Master de Philosophie.

« Depuis qu’on a apprit la grossesse de Noémie on se sert les coudes, sinon je ne sais pas comment on ferait avec en plus les exams à préparer. » éloïse, 20 ans, Licence en langues étrangères appliquées.

« Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit... De temps en temps je reviens à l’appart’ entre midi et deux pour dormir. C’est dingue d’en être arrivée là. Heureusement j’arrive encore à le cacher. » Emma, 23 ans, Master de Philosophie

« Après les cours, je suis portier dans une boîte en Allemagne. C’est pas déclaré, mais ça me fait 50 euros la nuit. Du coup, je dois faire deux heures de transport aller-retour chaque jour pour m’y rendre. » Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

« J’envoie aussi de l’argent à la famille, pour les aider et qu’ils soient fiers. Alors je fais des extras le week-end comme serveur. Tout ça au détriment de mes études. » Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

« De temps en temps on se retrouve pour travailler avec des frères du pays, c’est de la chaleur qui fait du bien. » Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

« Y’avait plus de place dans les logements étudiants, alors on a trouvé ce sous-sol dans la périphérie. On s’y est installés et maintenant on y dort, on y mange, on y travaille... On y vit quoi ! » Bobby, 17 ans, baccalauréat scientifique.

« Certains soirs d’autres jeunes nous rejoignent. Alors on se rend compte que dans les banlieues d’à côté, il y en a dans des situations bien pires que nous : sans boulots ni études. Sans espoir. » Philippe, 23 ans, licence d’Arts plastiques.

« On aura appris un truc au moins : la précarité, c’est facile d’y rentrer, difficile de s’en sortir. » Fred, 21 ans, DNAP illustration.

Strasbourg en 2009 : plus grande université de France... Rien n’a changé. Rien ne veut changer...


